Une histoire : Mini-Morue & Moi !

Il y a quelques semaines, l’idée de la thématique de nos « origines » m’a effleuré l’esprit. Un blog, c’est un peu un livre ouvert. Nous partageons avec nos lecteurs un pan important de notre vie : celui de notre passion. Si vous êtes lecteurs de longue date de ce blog, vous savez qu’avec Mini-Morue, nous avons eu des hauts et des bas. Au début de notre relation, nous avons eu pas mal de problèmes de communication. La faute à mon inexpérience du jeune cheval. Jeune cheval me direz-vous ? Et oui ! Mini-Morue est rentrée dans ma vie alors qu’elle venait d’avoir 5 ans et venait d’être réformée des courses de plat quelques mois auparavant. D’où venons-nous toutes les deux ? Quel chemin avons-nous parcouru jusqu’à aujourd’hui ? C’est ce que je vous propose de découvrir à travers cet article.

A l’origine, un rêve de gosse !

Je dis souvent que Mini-Morue est la réalisation de mon rêve d’enfant. Il y a quelques années, j’ai failli perdre mon papa d’un problème cardiaque. Il s’en est fallu de peu. Quelques minutes plus tard, c’était terminé. Alors qu’il s’en est sorti, un jour, nous avons eu une discussion qui m’a beaucoup marqué. Il a insisté sur le fait que la vie ne tenait qu’à un fil et qu’il était donc super important d’en profiter et de réaliser ce qui nous tient le plus à cœur. A l’époque, en 2012, je terminais mes études. Je n’étais plus cavalière depuis quelques années. A 18 ans, une très mauvaise chute à l’obstacle m’avait traumatisé. Je n’avais ni l’envie ni les moyens financiers de remonter pendant mes études. Cependant, le « cheval » en tant qu’animal était toujours là, bien caché dans un coin de ma tête. A 22 ans, j’ai essayé de remonter dans un club du coin. Les premières séances se sont bien passées car j’avais une assurance-vie. Malheureusement, j’ai rapidement changé de monture. Je me suis fais peur. La pédagogie « club » ne me convenait pas. L’amour pour l’animal était toujours là par contre, l’approche en selle n’était pas pour moi. Se fondre dans la masse d’une reprise alors qu’on a un traumatisme était vraiment au-dessus de mes forces. J’ai donc arrêté du jour au lendemain ma reprise du samedi matin.

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2ème séance au centre équestre de Haguenau. Orlando, un SF au caractère en or massif !

5 ans ont passé…

A 27 ans, me voilà diplômée, chef de publicité et en couple depuis des années. On appelle cela… la stabilité ! L’accident de mon papa me ramène directement à mon rêve de gosse, un rêve enfoui au plus profond : avoir mon cheval. Ici, je ne parle pas du cheval « sportif ». Non, juste mon cheval. Celui avec lequel je vais pouvoir nouer une relation. Celui que je comprendrais. Celui qui me comprendra. Une discussion plus tard et un fichier excel pour le budget, Hervé me dit qu’on peut y aller. On a pas une marge de grand malade mais avec une bonne gestion, on y arrivera.

La recherche du cheval « assurance-vie » !

A l’époque, je rappelle que je ne suis plus cavalière et surtout, je ne suis pas encadrée. Je me lance dans la recherche du cheval « parfait » selon mes critères : peu importe la race, la taille et la couleur. Je veux simplement un caractère en or. Je regarde sur le bon coin. Je me déplace dans les centres équestres du coin. Bof bof, j’ai la douce impression qu’on me prend pour une … conne.

Puis un jour, Marine, qui était à l’époque ma collègue de l’agence, me dit que dans son club il y a une petite jument PS de 4 ans et demi. Première réaction de ma part « tu es folle ou quoi, une PS ? » Elle me rassure en me disant qu’elle est très gentille, qu’elle est montée par des débutants mais… qu’elle est moche. Je me rappelle qu’à ce moment là, je lui ai répondu « la beauté, on s’en fout ». Je lui dis alors que j’irai la voir le week-end suivant.

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La première fois que je l’ai vu, c’était sur cette photo. Elle avait 4 ans et demi et venait d’arriver au centre équestre !

La rencontre avec Mini-Morue : un coup de foudre ?

Le week-end suivant, nous traversons l’Alsace pour aller à la frontière suisse. Nous arrivons au Centre Equestre pendant une reprise galop 2/3. Je vois un petit cheval alezan. Je dis à mon amie « oh elle est mignonne ». Marine me répond « euh, Sophie… c’est pas elle »… c’est celle de derrière. Ah ouai. D’accord. Comment vous dire ? Bah un pur-sang tout jeune et difforme. C’est pas grave, je dis à la monitrice que je vais la monter. Ca fait 5 ans que je n’ai pas posé mes fesses sur un cheval. Je suis complètement folle de me lancer là-dedans. Je m’approche de la jument qui se situe au milieu du manège. Je me souviendrais toute ma vie de son regard. Un regard éteint, tête baissée, qui semble dire « toi aussi tu vas me monter dessus » ? Je monte aussi délicatement que possible. Je marche. Je sais pas quoi faire dessus alors je marche. Je me souviens avoir fait quelques foulées de trot complètement en mode « suffocation / rouge pivoine / SOS je ne respire pas ». Je repasse au pas rapidement. L’essai à durée… 10 minutes. 15 tout au plus. Je ne peux pas l’expliquer mais c’est elle. Je me tourne vers Hervé et je lui dis : c’est elle. Hervé et Marine se regardent. Hervé me dit « euh, tu es certaine »? Allez savoir le pourquoi du comment. C’est elle. Je crois qu’on se ressemble un peu elle et moi. On est un peu « cassée ». Je demande à voir son carnet. Aucun intérêt, j’y connais rien mais je me dis que ça fait sérieux. Je programme une visite vétérinaire pour la semaine suivante. Sur la route du retour, je jubile. Je suis une gosse. C’est elle, j’en suis certaine. Je me prend à rêver du nom d’un futur poulain contenant le nom « Rouge ». Avec Hervé on pense à Rackham …le Rouge.

La semaine suivante, la jument passe la visite vétérinaire avec succès. Je ne m’étendrais pas sur la situation mais pour résumer : cette visite fut une vaste blague. Je dirais même… une arnaque sans nom. Malheureusement ou heureusement, je suis déjà attachée à elle. Peu importe, je l’achète pour réaliser un rêve… pas pour en faire une championne.

Deux jours après la visite… la voilà dans le van pour sa nouvelle maison. Grosse claque psychologique : ça y est, j’ai un animal qui dépend de moi. Le début d’une longue route sinueuse. Le début d’une histoire d’amour. Le début d’un difficile apprentissage : celui d’être propriétaire.

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Mini-Morue prête à rejoindre sa nouvelle maison… avec un oeil pas super confiant….

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… et on peut la comprendre. Voilà dans quel état je l’ai adopté 🙁

Nos débuts ensemble…

A peine arrivée et au vu de son état physique et mental, je suis partie sur l’idée de lui laisser du temps pour la requinquer. Au programme : du repos, du chouchoutage, du repos, du chouchoutage. Elle était complètement perdue. Quoi, un humain peut venir me voir sans me grimper dessus ? Bah oui Mini-Morue.

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1ère sortie au pré : son regard a déjà changé et pourtant, ça fait moins d’une semaine qu’elle a changé de vie !

Petit à petit, Mini-Morue a repris du poil de la bête. J’ai décidé de l’emmener en balade. Avec le recul, je me dis qu’encore une fois, j’étais cinglée. Un jeune PS de 5 ans et qui est au repos… bah la cavalière lambda que je suis (sans physique et sans souffle) se dit « tient, on va aller en forêt ». Bah ouai.

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1ère balade en forêt. Je me souviens qu’une biche a traversé juste à côté de nous. Elle n’avait pas bougé.

Pendant très longtemps, Mini-Morue n’a jamais connu la carrière exception faite pour la longe. Ah la longe. Elle ne connaissait pas ! Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai fait du ski nautique derrière elle ! Se défendre, elle savait. En extérieur, elle ne bougeait pas une oreille. Son seul défaut était au galop ! Je me souviens que dans la forêt de Haguenau, il y avait « une piste » de galop en sable. Une jolie ligne droite. Je galopais, tranquillement. Je me prenais pour Marie-Christine DUROY (oui, rien que ça) au galop en suspension. Puis, sans crier gare, Mini-Morue pilait sec. Je ne suis pas Marie-Christine DUROY alors je vous laisse deviner ce qui se passait. Boom. Au sol la cavalière. Et vous savez quel est le comique de la situation ? Une fois par terre, Mini-Morue s’approchait de moi, me sentait, soufflait du plus profond de sa cage thoracique (genre exaspérée) et faisait demi-tour pour rentrer à la maison au petit trot.Voilà voilà.

Et l’endurance, alors ?

Comment est-ce que nous avons découvert l’endurance ? Bah grâce à une rencontre, tout simplement ! La carrière ne m’inspirait pas. Mini-Morue non plus ne semblait pas inspirée. Alors qu’est-ce que j’ai fait ? Bah j’en ai fait un bon cheval de randonnée. Avec Hervé, mon mari, nous partions toutes les semaines à la découverte de nouveaux chemins. Un jour, j’ai rencontré une personne, cavalière d’endurance, qui m’a dit :

Elle : « mais si elle aime tellement l’extérieur, fais de l’endurance ! »

Moi : « euh ? »

Elle : « ça tombe bien, ce week-end je vais dans les Vosges pour entrainer ma jument, viens avec moi ! »

Moi : « ok ! »

Le week-end suivant, on était au cœur des Vosges du Nord du côté de Zinswiller et Oberbronn. Je me souviens des dénivelés hyper impressionnants, d’un cheval volontaire qui n’avait déjà pas à rougir de ce qu’elle m’apportait. J’ai suivi pendant 2 jours l’autre cheval qui était qualifié sur 60 km.

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Après l’effort, le réconfort en présence de Maya, la jument d’endurance qualifiée à l’époque sur 60 km

En un week-end, j’ai pris le virus de l’endurance… maintenant, fallait encore passer le cap de nous inscrire en course ! Souvenez-vous, dans cet article, je vous expliquais nos débuts en course ! On a galéré, on en a chié, on en a pleuré, on a été éliminé mais… on a persévéré !

1ère course en 2013… et en 2016, nous nous qualifions sur 60 km dans la magnifique Baie du Mont Saint-Michel !

Et maintenant ?

A la fin de mes articles, j’adore partager avec vous une petite réflexion : toujours prendre le temps de regarder le chemin parcouru avec nos chevaux. Moi, j’ai beaucoup de fierté quand je regarde notre parcours. Nous sommes parties de rien. Nous sommes parties d’un cheval réformé squelettique qui n’a jamais été travaillé par un cavalier professionnel. Tout ce que Mini-Morue sait faire aujourd’hui, je ne le dois qu’à moi-même. J’ai fait beaucoup d’erreurs, j’ai perdu énormément de temps. A 10 ans, elle commence seulement le travail en carrière. A 10 ans, elle commence à se plier, elle commence à se déplacer latéralement. A 10 ans, on commence doucement à pouvoir reporter son poids en arrière. C’est super tard, j’en ai parfaitement conscience. J’aurais certainement pu éviter bon nombre de soucis de santé si ma jument avait tout de suite été travaillée. Travaillée tout court. Inexpérience totale de ma part. Mais cette inexpérience, j’ai essayé de la contre-balancer avec des rencontres et surtout, avec ma capacité à me remettre en question.

Aujourd’hui, je me rends compte à quel point cette jument est besogneuse. Quand elle est dans le travail, elle y est pour de bon et tente toujours de bien faire. Aujourd’hui, nous sommes qualifiées sur 60 km, nous avons fait Lamotte-Beuvron, nous faisons de la randonnée, nous commençons le travail de carrière et en plus, nous nous initions à l’équitation de travail. Je pourrais aussi l’emmener sauter mais je ne m’en sens pas capable pour le moment. Son frein c’est moi !

 

Blue Barn - Horse-ConnectCopyright : Manuela MASSON – Ecurie Blue Barn

J’ai écrit cet article avec le cœur et en vous mettant des photos pas vraiment flatteuses parce que c’est la réalité : nous venons de là. Cet article a pour objectif de vous montrer qu’il ne faut rien lâcher. Les difficultés sont là mais peu importe. Prenez votre temps. Faites des erreurs, on en fait tous ! Mais surtout, ne perdez pas espoir, ne lâchez rien.

4 commentaires sur “Une histoire : Mini-Morue & Moi !

  1. Anne BERARD

    Super! votre article, je partage tout à fait votre parcours, qui est un peu celui de tous les passionnés, tout au moins , de ceux qui ont construit une vraie relation, dans l’abnégation et la pérennité … J’ai une pur sang arabe de 26 ans, 25 ans que nous sommes ensemble!

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