Santé du cheval

Les chevaux et le stress au travail !

C’est de notoriété publique et prouvé par maintes études scientifiques : chez les humains, le stress au travail est un facteur déterminant dans le développement de comportements négatifs comme l’anxiété ou la dépression.

Depuis quelques années, on voit apparaitre dans les médias traditionnels, sur la Toile ou encore dans les discussions, l’expression « Burn Out », qui est synonyme d’un épuisement professionnel. On en peut plus et ça se voit !

Stress au travail, les chevaux aussi ?

Vous, cavaliers !

Avez-vous déjà pensé une seule fois qu’un mal-être au travail de votre équidé pouvait être responsable de comportements violents, dangereux ou a contrario lymphatiques qu’il peut avoir à votre égard ? Avez-vous pensé que ces comportement pouvaient venir d’un stress au travail ?

Dans l’excellent magazine Cheval Santé de Décembre 2014 / Janvier 2015, un article a immédiatement sauté à mes yeux : Stress au travail, les chevaux aussi rédigé par le Dr Claire Allgeyer et basé sur l’étude Could Work Be a Source of Behavioural Disorders ? A Study in Horses datée de 2009 et mise en place par Hausberger M, Gautier E, Biquand V, Lunel C et Jégo P.

Pour ceux qui n’auraient pas accès au magazine, je vous propose de retrouver ci-dessous les principaux pans du texte suivi d’un témoignage personnel. Car oui, avec le recul, je me suis rendue compte que par mes choix d’écurie… j’avais moi aussi fait vivre un stress à ma Mini-Morue !

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Stress au travail : les chevaux aussi, par le Dr Claire Allgeyer, Cheval Santé de Décembre 2014 / Janvier 2015 :

« Comme les humains, les chevaux travaillent tous les jours et sont soumis à des facteurs stressants liés à des contraintes physiques et/ou des conflits « psychologiques » comme des ordres ambivalents de la part de leurs cavaliers, ou la nécessité de contrôler leurs émotions. Il peuvent aussi exprimer des comportements répétitifs anormaux (stéréotypies) en réponse à des conditions de vie défavorables. Des chercheurs ont donc étudié l’impact potentiel du type de travail réalisé par le cheval sur l’expression et le type de comportements stéréotypiques en dehors du travail.

[…]

Il ressortit de l’étude que la prévalence et le type de stéréotypie dépendaient fortement du type de travail effectué. Les contraintes de travail étaient probablement associées à des conditions de vie défavorables, favorisant l’émergence de comportements anormaux chroniques. Il est particulièrement intéressant de noter à quel point les 23 heures quotidiennes au box étaient influencées par l’heure de travail quotidienne. D’après les auteurs de l’étude, c’est la première fois que les effets potentiels des facteurs de stress liés au travail sur les comportements anormaux sont mis en évidence chez l’animal, prolongeant la réflexion sur l’impact à long terme de la situation de travail et sur la vie quotidienne des individus. »

 

Témoignage personnel : Stress au travail et choix des conditions de vie …

Avec plus d’un an de recul, je me rends compte que par mes choix, Mini-Morue a été exposée à un stress au travail que j’étais à mille lieux de soupçonner.

Je vous explique : Suite à un différent dans la pension où elle était, j’ai pris la décision de la changer d’écurie. J’avais choisi pour elle une belle écurie : spacieuse, extrêmement calme, très bien entretenue, avec des box impeccables, de la paille jusqu’au jarret et du foin de qualité à foison. Pour le cavalier, le confort était le même : grands casiers pour ranger ses affaires, vestiaire avec chauffage au sol (oui oui…), manège à l’intérieur, grande aire de pansage bref, sur le papier c’était ma-gni-faïque !

Sauf que…

Quelques temps après avoir emménagé la jument, je remarquais chez elle un changement radical de comportement. Quand j’arrivais, elle m’accueillait les oreilles en arrière, elle essayait de me chopper, présentait un souci de respect en main et monté,  c’était encore plus mou que de la gélatine. Dans un premier temps, par ma bêtise et mon inexpérience en « jeunes chevaux » j’ai mis ça sur le compte de l’âge : 6 ans, l’âge de tous les tests. Les jours passèrent… la situation ne s’améliorait pas.

Je ne comprenais pas ce qu’il se passait : moi qui croyait lui offrir une vie de « rêve » (arggg)… je voyais la jument dépérir moralement. Au bout de 1 mois, une amie proche (et surtout « d’expérience ») me mit sur la voie « Sophie, si Mini-Morue est comme ça, c’est sa façon à elle de te montrer que ici, elle n’est pas bien ».

MAIS OUI !

Je me souviendrais toujours, quelques jours après que mon amie soit venue me voir  : un samedi matin, je la ramenais à son box quand… elle se mit droite comme un I devant moi et me balança un coup d’épaule dans la poitrine.
Le soir même, elle était dans le van direction ce qui allait devenir « l’écurie du bonheur« .

A la recherche de l’écurie du bonheur !

C’est dans une nuit glaciale et pleine de brouillard que nous avons débarqué au milieu de la campagne mosellane. A peine arrivée, les responsables de l’écurie (que je connaissais puisque nous allions en stage là-bas) m’ont fait comprendre qu’à la campagne, les fioritures n’existaient pas. On enlève la chemise (si elle a froid, elle fera du poil LOL), direction un box avec une grande ouverture pour aller gratouiller le voisin. Au programme ? Du grand air : tous les matins, c’est dehors… et par tous les temps avec un ou deux autres chevaux en fonction des affinités histoire de se sociabiliser)

Mon dieu…ma doudou, ma british … dehors par tous les temps !

Vous me croirez ou pas… mais en deux temps trois mouvements, ma furie d’alors étaient revenue ma douce (et gentille) Morue.

Dans cette histoire, j’ai compris deux choses :

  1. Il ne fallait pas transposer nos besoins… sur le besoin réel de nos amis les équidés : les box en bois exotique c’est sympa pour l’oeil des humains mais concrètement, ça n’aide pas le cheval à se sentir bien dans ses pompes !
  2. Pour conserver son excellent caractère, ma Mini-Morue a besoin de grand air, de calme, de verdure mais surtout… de contact avec ses copains !

 

Aujourd’hui, suite à la mutation professionnelle de mon mari, j’ai dû à grands regrets quitter « l’écurie du bonheur » pour de nouvelles aventures. Alors bien sûr, en plus de mon propre stress, j’avais le stress de lui trouver une nouvelle maison. Pari réussi ! Mini-Morue passe ses journées à se dorer la pilule, en troupeau,  dans d’immenses parcs du Vexin et retrouve le soir venu son confortable box pour se restaurer tranquillement et se remettre de ses folles aventures (c’est bien connu, le grand air, ça creuse !)

Amis cavaliers, à votre tour, je vous invite à réfléchir sur le sujet… car oui, les chevaux aussi sont susceptibles du stress au travail !

8 commentaires sur “Les chevaux et le stress au travail !

  1. Soon a horse

    J’aime cet article ! On oublie parfois qu’un cheval est un animal qui à la base vit dehors dans les grands espaces. Ca fait pas de mal de le rappeler, et comme tu dis, il ne faut pas transposer nos besoins sur eux 🙂

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  2. Mello

    Une realité dur à vivre ! Article excellent =)
    On oublis que le cheval est un animal qui à besoin de contact et une belle cage dorée n’est pas la solution pour tous !!

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  3. Grenouille

    Je dirai que même plus que par besoin, c’est surtout par confort que beaucoup de cavaliers enferment leur cheval dans un boxe… Gain de temps, pas besoin d aller le chercher au fin fond du pré pour le monter, pas besoin non plus d enfiler ses bottes en caoutchouc pour y aller par mauvais temps, on ne passe pas des plombes à brosser avant de monter… Mais peu se posent la question du bien être physique et psychique de l animal dans tout cela, et si le cheval devient agressif, ce n est pas parce qu il manque de liberté et de vie sociale, c’est sûrement lié à son âge, ou peut-être est il simplement fou, ingérable, complètement barré… Bref, c’est (encore) la faute du cheval…

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    • Sophie Auteur de l'article

      C’est bien connu : c’est SOUVENT la faute du cheval… voyons 🙂
      Concernant la question du box / pré : ma jument a eu les deux. Pour des raisons logistiques, elle a du retourner en box avec sorties quotidiennes au paddock / pré selon la météo. J’ai eu énormément d’appréhension. Elle qui avait l’habitude de rentrer / sortir comme elle voulait, elle allait retrouver le box. Je me suis retournée le cerveau avec toujours, la question du bien-être. Mais la chance que j’ai, c’est que ma jument s’adapte très bien à son environnement. En deux semaines, la transition était réglée. Les jours ou elle peut aller à l’herbe, je la laisse profiter. Elle s’entend à merveille avec les deux retraités du CE qui appartiennent à la proprio du club donc elle a le privilège (oui, le privilège) de passer certaines journées au grand air, nez dans l’herbe avec deux copains. D’autres, quand la météo est moins bonne, c’est matinée au paddock par contre, on enchaine avec une bonne séance de travail soit en carrière, soit en extérieur soit en manège ou j’ai pris l’habitude de la faire sauter en liberté ou en longe avec, toujours pour objectif, de la mécaniser. La jument est en pleine forme, elle a le moral malgré sa condition de cheval de box. Mais de ma part, ça demande un œil vigilant et une attention quotidienne.

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  4. Grenouille

    Mettre son cheval en boxe ne fait pas forcément de vous une mauvaise propriétaire, mais j ai vu, et revu, et j en ai été écœurée, des chevaux enfermés 23h30/24, oui oui, 23h30, car les cavaliers venaient seller dans le boxe, montaient directement devant le boxe, trop fatiguant de marcher à coté jusqu’à la carrière… Même pas de détente au pas renes longues, direct renes allemande le temps de traverser l écurie et de parcourir les 50m qui séparent de la carrière, cheval encapuchonné évidemment, à peine un sabot dans le sable on part au trot, 3 tours de galop, qq obstacles, 1m pour commencer, et retour au boxe tjs en selle et cheval tjs coincé dans les rênes allemandes… Le tout en à peine 30min, un coup de bouchon salut à demain… Et les jours de repos se passent tjs au placard, jamais de liberté, jamais de travail à pied, jamais l occasion de s exprimer, de jouer, de brouter… Et quand un petit coup de cul vient perturber la séance, hop un bon coup d éperon dans les côtes et on se remet au taf… Et c’était le triste quotidien de bcp de chevaux dans l écurie, les miens a coté crottés jusqu’aux oreilles après une journée en paddock l hiver faisaient tâche dans ce décor, j ai préféré partir avant l incident diplomatique…

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    • Sophie Auteur de l'article

      Oh oui, je vois très bien le décor…
      Moi je dis toujours à ma Morue : oui pour la boue jusqu’à dans les oreilles… mais non au deferrage 🙂

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  5. Grenouille

    Je ne suis pas anti boxe, si les chevaux ont droit à leur temps de recréation régulièrement, qu ils sortent suffisamment chaque jour pour avoir le tps d évacuer un peu leur énergie, et surtout s ils ont la chance de profiter de l herbe à la belle saison. Je suis anti placard en revanche, dont l exemple que j ai cité avant.

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